L'interview réhabilitation de Gianettti, la veille de l'arrivée
Ne jamais oublier que l'Equipe fait partie d'ASO , l'organisateur du Tour.
Ses parents ont longtemps tenu un restaurant (son frère a pris la suite) à Isone, où il est né il y a 54 ans, mais également une boulangerie, un magasin et il tient son goût de l'entrepreneuriat de cette fibre familiale. D'une petite équipe italienne à la formation émirienne la plus puissante du peloton, Mauro Gianetti a su développer, en vingt ans, un réseau et une influence, malgré les histoires de dopage qui l'ont accompagné et dont il réfute aujourd'hui la responsabilité.
« Comment êtes-vous devenu manager ?
J'aimais le vélo, la compétition, mais mon vrai rêve, c'était la gestion, trouver des sponsors, comprendre leurs besoins, recruter des coureurs, avoir un projet global. J'avais ça en moi, j'ai arrêté sur le Tour de Lombardie en 2002, le samedi. Le lundi, j'étais dans les bureaux de Vini Caldirola comme manager pendant un an.
Comment vous retrouvez-vous à la tête de Saunier Duval en 2004 ?
J'avais pris avec moi Matxin (Fernandez, aujourd'hui manager sportif d'UAE Emirates-XRG) que j'avais découvert quand il était alors directeur sportif des jeunes chez Mapei (en 2002). J'aimais la façon dont il travaillait, l'ambiance avec ses coureurs, ce qu'il obtenait d'eux en course. Lui avait des relations avec Saunier Duval, moi avec Scott et Prodir. Je lisais beaucoup ce que faisaient les autres sociétés, ce que le cyclisme pouvait leur apporter. Je n'ai jamais demandé de sponsoring, mais je leur démontrais ce qu'elles pouvaient faire dans le vélo et à quelles conditions.
En vingt ans, comment avez-vous évolué comme manager ?
En faisant des bonnes choses, des erreurs aussi. En faisant confiance à des personnes qui ne le méritaient pas.
Parlez-vous de Riccardo Ricco, Leonardo Piepoli, Juan José Cobo, tous rattrapés par les affaires de dopage sous votre direction ?
Oui, bien sûr. J'avais fait l'erreur de les prendre dans mon équipe.
Néanmoins, n'étiez-vous pas au courant de leurs pratiques ?
J'aurais dû réagir différemment, être plus clair avec la presse, expliquer que j'étais une victime. Mais ma préoccupation était de sauver le boulot de 70 personnes. On ne sait pas ce que nos enfants font quand ils sont dans la chambre, on ne sait pas non plus ce que font les coureurs à la maison. Et puis avant de prendre Ricco, je lui avais demandé de se rendre à l'UCI pour être testé. L'UCI m'avait ensuite envoyé un papier indiquant qu'il avait en effet un taux d'hématocrite naturellement supérieur à 50 %. Je me sens la victime de ça. J'avais porté plainte en Italie contre les coureurs qui m'avaient fait perdre des sponsors et qui avaient nui à ma réputation.
Vous-même, n'avez-vous pas fait carrière en pleine période EPO ?
Oui, j'ai vu tout ça, c'était une période particulière.
Avez-vous pris de l'EPO ?
Non.
Vous ne vous êtes jamais exprimé réellement sur le Tour de Romandie, en 1998. Vous aviez été hospitalisé pour une prise supposée de PFC. Que s'est-il passé ?
C'est une question personnelle, ce que j'avais à dire, je l'ai déjà dit.
Aujourd'hui votre nom est lié à des affaires de dopage. Cela nuit-il à l'image de votre leader ?
De toute façon, Tadej (Pogacar) est tellement fort que dans n'importe quelle équipe, il y aurait des doutes sur lui. Je fais maintenant mon travail, j'ai ramené plus de 600 M€ depuis 2004 dans le vélo, en signant beaucoup de contrats, en offrant des salaires...
Comment avez-vous gagné la confiance des Émirats arabes unis pour bâtir cette équipe, en 2017 ?
À l'époque, j'étais consultant pour des sociétés qui voulaient investir, je travaillais beaucoup en Chine. Pour Lampre (ancien nom d'UAE), j'avais trouvé un fond chinois, tout était signé, prêt, mais quelques semaines après, l'investisseur est tombé malade, une tumeur au pancréas. En même temps, je travaillais aux Émirats pour le développement du vélo sur le plan de la santé depuis 2014, à leur demande, car leur société souffre de diabète, d'Alzheimer, d'obésité infantile.
Les dirigeants voulaient développer le sport, en particulier le cyclisme. Je leur avais expliqué que pour motiver les gens, les gamins, il fallait une équipe qui porte leur nom mais le projet était prévu pour 2018. Comme cela n'avançait plus en Chine, mon fils m'a dit : "Pourquoi tu ne lances pas tout de suite l'équipe avec UAE ?" J'ai appelé les dirigeants, le lendemain, on signait à Abu Dhabi. Aujourd'hui, la famille royale est devenue fan, ils sont fiers de l'équipe et du programme de développement du cyclisme. »